A l’heure où la moitié des utilisateurs qui entrent pour la première fois en contact avec un appareil mobile n’ont même pas encore l’âge d’aller au jardin d’enfants (voir http://www.europa-apps.com/2012/08/30/les-enfants-cible-preferee-de-l%E2%80%99ipad/ pour plus de détails), force est de constater que les nouveaux supports conquièrent autant les adultes que les enfants. Mais la question des contenus adaptés à ces derniers demeure épineuse et rencontre encore de nombreuses réticences là où d’autres écrans, comme les consoles de jeux-vidéos ou tout simplement les téléviseurs, ont été largement acceptés et intégrés à la vie des plus jeunes.

Le marché des applications est déjà jeune en soi, celui des applications pour enfants l’est encore plus. Du fait de sa non-maturité, il fonctionne par expérimentations : des éditeurs se lancent, publient une application, et observent la réponse du marché afin d’en tirer une stratégie de long-terme. Ces acteurs sont de trois types : mastodontes du divertissement transmédia, américains en majorité (Disney, MTV Network), éditeurs classiques (Bayard Jeunesse, Gallimard, Noisy Crow), et « pure players » 100% digitaux (Europa-Apps, Rovio, Chilingo, Shape Minds). Qui se taille la part du lion sur le marché ? Selon quel modèle économique et éditorial ? Et avec quelle pérennité ?

Europa-Apps vous propose de faire le point sur le marché des applications pour enfants, sa situation actuelle et l’avenir qui semble se dessiner pour lui, sous forme d’une saga en quatre parties, qui paraîtront chaque lundi et jeudi du 6 au 17 septembre sur le blog d’Europa-Apps.

Aujourd’hui, nous traiterons des différentes catégories d’applications destinées aux enfants et de leurs succès relatifs.

La palme du nombre de téléchargements revient aux applications classées dans la catégorie « jeux pour enfants » sur l’iTunes Store : près de 50 millions pour le dernier-né de ZeptoLab, Cut the Rope (source : Xyologic, iPhone + iPad) ! De grandes licences comme Tintin ou Bob l’éponge tiennent également le haut du classement.

Ne vous méprenez pas, les applications de la catégorie « jeux pour enfants » sont très, très loin de ne séduire que les bout ‘choux, ce qui explique les chiffres indécents qu’elles affichent. De ce fait, la concurrence entre éditeurs est par ailleurs extrêmement rude sur ce segment, et l’on en voit disparaître en grand nombre à chaque instant : rappelons que 6 applications sur 10 ne sont jamais téléchargées, a relayé hier le Huffigton Post !

En outre, l’écueil qui guette ce type de publications est la piètre opinion qu’en ont la plupart des parents : abrutissant, addictif, le jeu sur smartphone ou tablette représente alors à leurs yeux la « Game Boy 3.0, » autant dire l’ennemi juré.

Ensuite, la section « livres » de l’appstore contient en grande majorité des histoires pour enfants en tout genre : créations originales, déclinaisons numériques de personnages littéraires ou contes du domaine public. Ici, c’est l’univers du livre enrichi, tout est encore à créer, et tout est possible. De la simple animation des images au toucher jusqu’à la pleine implication de l’enfant au sein de la narration, ce genre foisonne d’idées nouvelles qui séduisent les petits comme les grands.

La concurrence sur ce segment de marché est moins accrue que sur les jeux, et pour cause, les gains sont en comparaison dérisoires. Par exemple, l’un des succès récents encensé par les médias et les blogs a été La Sorcière sans Nom ; pourtant, elle n’a été téléchargée « que » 11 000 fois sur les deux mois suivants sa sortie (source : Xyologic, iPhone + iPad). C’est tout juste satisfaisant pour un livre en format papier, qui pourtant coûte bien quatre fois plus cher et n’est pas ponctionné par une commission Apple de 30%… Néanmoins, chez Europa-Apps, nous croyons fermement à l’avenir des livres-applications pour enfants comme composants actifs de leur éveil et leur développement.

Enfin, le segment peut-être le plus prisé des parents est celui des applications éducatives, pour apprendre l’alphabet, les nombres, l’heure, l’anglais… Le produit est d’autant plus séduisant qu’il est inédit et est valorisé par un Marketing d’une efficacité imbattable. Une étude du Joan Ganz Cooney Center est par exemple parvenue à la conclusion que des enfants de 5 ans avaient enrichi leur vocabulaire de 27% suite à l’utilisation d’une application éducative sur iPad, et ceux de 3 ans, de 17%. Mais n’en serait-il pas de même avec un véritable livre ? Nicole Garret-Gloanec, pédo-psychiatre au CHU de Nantes, nous met en garde contre ses pirouettes sur le site de 20 Minutes : « Faire croire que son enfant va mieux parler anglais parce qu’il apprend sur une tablette, c’est une illusion ». Ces applications constituent donc certes un autre moyen d’apprentissage que les livres classiques, les cours ou les CD-roms, mais en aucun cas un meilleur.

Serge Tisseron, psychanalyste réputé pour ses études portant sur les relations jeunes-médias, conseille aux parents de « privilégier les logiciels qui impliquent une narration sur ceux qui ne font que juxtaposer des scènes, et accompagner l’enfant en apportant de l’extérieur aux écrans les repères de temporalité et de causalité qui leur manquent. »

Suite de la saga lundi prochain sur le blog d’Europa-Apps, avec l’analyse des différents contenus éditoriaux des applications pour enfants (licences, domaine public ou créations originales).

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