C’est partout sur la toile : Google a officiellement lancé, mercredi 18 juillet, sa librairie en ligne en France, sur sa place de marché Google Play (anciennement Android Market). Plusieurs centaines de milliers de titres y sont disponibles, payants comme gratuits. La lecture d’un ouvrage implique de passer par une application dédiée, mais le modèle ne repose sur aucun téléchargement des contenus : les livres sont en effet stockés dans le Cloud, ce qui signifie qu’après acquisition ils sont accessibles depuis le web, un ordinateur, une tablette ou un smartphone, avec ou sans connexion Internet. Toutefois, la firme de Mountain View propose également de télécharger des ePub ou des PDF protégés par des DRM (droits digitaux) et exportables sur une liseuse compatible avec cette protection. En revanche, pas de partage avec d’autres internautes autorisé.
La lecture sur support iOS (iPad, iPhone) est également permise via l’application, mais pas les nouveaux achats, Apple interdisant à ses concurrents de vendre des contenus sans passer par sa propre solution de paiement.

Mais Google Books est un projet qui aurait dû voir le jour bien avant dans l’hexagone ; par exemple, la première librairie en ligne de Google a été lancée aux États-Unis en décembre 2010, riche de plus de 15 millions de livres numérisés. En Europe, le service a été introduit en septembre 2011 en Angleterre, mai 2012 en Italie et juin en Allemagne et en Espagne. Pourquoi la France accuse-t-elle un tel retard ?

- Tout d’abord, il s’avère que les éditeurs français sont particulièrement réticents à collaborer avec les géants (américains…) de l’Internet, craignant la perte de leur pouvoir dans la chaîne de distribution, comme dans le cas de la musique ou du cinéma. Depuis déjà plusieurs années, Google numérise les ouvrages du domaine public, aujourd’hui proposés gratuitement dans l’application (comme Les Confessions de Rousseau, Les Misérables de Victor Hugo, ou Gargantua de Rabelais). Mais impossible de convaincre les éditeurs d’ouvrages contemporains, qui de leur côté ont tenté la riposte en s’unissant autour de plateformes en ligne uniques, sans grand succès. Finalement, ils ont tous baissé la garde : Hachette, Editis, Gallimard, Flammarion, Albin Michel, ou encore Média Participations, mais aussi le Syndicat national de l’édition (SNE) et la Société des gens de lettres (SGDL), qui ont entre autres accordé à Google le droit de commercialiser sur sa plateforme des titres non libres de droits mais épuisés en version imprimée, après six ans de contentieux !

“Je me félicite qu’il y ait une politique volontariste des éditeurs français pour maximiser les canaux de distribution et suivre les projets d’offre numérique légale,” a déclaré Philippe Colombet, directeur de Google Livres France, lors d’une téléconférence, sans toutefois préciser les termes des accords conclus.

- Ensuite, et cette cause est étroitement liée à la précédente, le marché des livres numériques a réellement décollé cette année en France, une réalité que chacun ne peut que reconnaître aujourd’hui. Le groupe Xerfi a publié une étude le 11 juin dernier, qui constate un décollage des ventes digitales sous l’impulsion des géants Amazon, Kobo, et Apple. Et nul doute que les arrivées tant attendues des nouveaux Kindle Fire, Nook Color, Nook Tablet, Kobo Vox, Nexus 7 et iPad mini vont contribuer à un essor d’autant plus soutenu. D’après Xerfi, la croissance du marché du livre électronique dans les trois prochaines années pourrait atteindre 115%, et représenter 6% de la valeur des ventes de livres à cette échéance. Un chiffre dérisoire par rapport aux Etats-Unis, mais qui correspond au début de l’expansion de ce nouveau marché. Baisse de la TVA au début de l’année et baisse des prix des liseuses sont d’autres facteurs de la croissance ; pour le détail de l’étude, voir http://www.xerfi.fr/XERFINEW_WEB/FR/Etudes_Sectorielles_France-Distribution_du_livre_face_au_numerique_2DIS46.awp .

- Enfin, si Google entre, aussi tardivement soit-il, sur le marché du livre digital, c’est en partie par stratégie concurrentielle face aux deux mastodontes que sont Amazon et Apple (avec le service iBook). Néanmoins, la firme de Mountain View est dotée d’un lourd désavantage : implantée en Irlande pour sa division européenne, elle se doit donc d’appliquer un taux de TVA de 23% sur la vente de ses livres, contre 3% pour ses adversaires établis au Luxembourg, et 7% pour les distributeurs français (Decitre, la FNAC etc). Une situation exceptionnelle pour le moteur de recherche, qui d’habitude ne commercialise rien auprès du grand public et n’a donc pas de problème de TVA. Et, avec la loi française sur le prix unique du livre, Google n’a que peu de marge de manœuvre : il prélève une marge (tenue secrète) sur les ventes, mais pas les fameux 30% de la marque à la pomme… Un surcoût théorique qui pourtant n’apparaît pas sur les plateformes, tandis que les éditeurs français se défendent d’en supporter une part (« Je ne vois pas pourquoi nous ferions un effort particulier pour Google, au détriment des autres plateformes. Ce n’est pas nous, qui avons choisi de nous installer en Irlande, » déclare l’un d’entre eux).

Avec ce lancement, Google poursuit l’offensive sur les contenus ; si l’on en croit l’offre existante aux Etats-Unis, un marché virtuel de musique et de magazines devrait constituer la prochaine percée. Côté hardware, Google a annoncé le lancement prochain d’une tablette électronique qui rivalisera avec l’iPad d’Apple. Selon les derniers chiffres, le moteur revendique 400 millions d’appareils sous Android disponibles dans le monde.

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