C’est probablement la première question que s’est posée Jeff Bezos, le patron d’Amazon, pour aboutir à l’idée du Kindle Fire. Il faut en effet rappeler que le métier d’Amazon, ce n’est les tablettes tactiles, mais bien la distribution. Et quand Amazon décide de vendre une tablette tactile à 199 dollars, ce n’est pas pour gagner de l’argent dessus à court terme en comptant sur des économies d’échelle, mais plutôt pour investir dans la distribution de contenus sur le long terme.

Selon certains analystes, Amazon perdrait même 50 dollars sur chaque Kindle Fire vendu, là où Apple se ménagerait 30% de marge sur la vente d’un iPad. Pour d’autres, Amazon pourrait même (on peut rêver) carrément se passer de facturer 199 dollars au client, et distribuer sa tablette gratuitement avec un abonnement. Mais n’est-ce pas ce que font déjà les opérateurs mobiles, qui pour vendre leurs forfaits et leurs services associés offrent presque les terminaux ?

On commence à s’en rendre compte, le Kindle Fire est presque plus proche des anciens (et des nouveaux) Kindle en noir blanc que de l’iPad. En effet, les services et les contenus d’Apple ont toujours eu pour première vocation d’inciter à acheter du matériel d’Apple, en partant d’iTunes, outil indispensable pour charger de la musique sur son iPod, et jusqu’à l’iCloud (mais ça c’est pour demain). Chez Amazon c’est exactement le contraire : le matériel n’est qu’un moyen d’accéder aux services et aux contenus d’Amazon. On comprend alors pourquoi Amazon est beaucoup plus empressé de négocier avec les éditeurs (notamment français), et est prêt à leur accorder de meilleures conditions qu’Apple. C’est d’ailleurs la même chose du côté des studios de cinéma américains, avec cette fois en face Netflix, qui propose aussi des vidéos en streaming illimité par abonnement.

Amazon n’a cependant pas manqué de voir les autres opportunités qui lui offrent le lancement de sa tablette. Un des chantiers sur lequel travaille le distributeur est en effet la simplification de la plateforme du site, dont le défaut est d’être mal adapté à la navigation sur… tablette ! En effet, pourquoi se limiter à vendre des livres, des films et de la musique, quand on pourrait en profiter pour vendre aussi des réfrigérateurs, des téléviseurs et même des meubles ? Un autre indice révélateur : les utilisateurs d’Amazon Prime (le service de streaming d’Amazon) ont aussi droit à une livraison gratuite en deux jours pour la plupart de leurs achats sur le site !

Entre l’expérience technologique de l’iPad et l’expérience de consommation du Kindle Fire, il ne restera plus beaucoup de place pour les autres. Samsung notamment, qui s’obstine à vouloir lancer des iPad-killers hors de prix, n’est pas près de voir le bout du tunnel, à moins de trouver un autre marché, reposant sur d’autres usages.